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06 mai 2017
Warcraft, le roman du film

Warcraft, le roman du film réalisé par Duncan Jones que nous apprécions particulièrement depuis son premier long métrage intitulé Moon (2009), mais encore chroniqué Code Source (2011), sa seconde mais non moins excellente réalisation qui, à l’instar de Moon, dénonce les pratiques immorales à défaut d’être illégales d’une firme commerciale pour la première, d’un département militaire pour la seconde, nous a amené à voir le film d’abord, à lire le livre ensuite.

Du film, nous n'en dirons rien si ce n’est qu’il est bien loin de l’éclat et de l’inventivité des deux premiers films que Duncan Jones a réalisé. Toutefois, d’impressionnants effets spéciaux nous ont certes, offert de spectaculaires scènes de combat, enchantant assurément les fans du jeu vidéo originel, mais encore une mise en scène diablement réussie du monde brutal des orcs. Quant au sous-titre du livre Warcraft, le roman du film, évince à regret celui du film : Warcraft, le commencement. Alors commençons.

L’auteur, Christie Golden est pour ainsi dire une habituée des univers étendus. Ainsi, de Ravenloft (monde imaginaire conçu pour le célèbre jeu de rôle Donjons & Dragons), à Star Trek, Star Wars ou Warcraft, Christie Golden a écrit pas loin d’une cinquantaine de romans dont une bonne dizaine dans l’univers warcraftien. Aussi paraît-elle légitime d’avoir écrit le bouquin issu du premier film et, par-là même, de nous mettre le pied à l’étrier.
Le prologue, efficace pour ne pas dire pragmatique, présente non seulement un monde – Azeroth – menacé par une invasion d’Orcs venus d’un autre monde – Dreanor – via un portail infernal, mais installe surtout ce monde médiéval-fantastique dans une guerre perpétuelle. « Tu sais, poursuivit Khadgar, les orcs sont venus d’un monde très éloigné du nôtre. (…) Il était en train de mourir, consumé par une force obscure appelée la grangremagie ». La grangremagie, une magie noire qui nécrose, putréfie, ampute le corps désormais teinté d’un vert loin de nos références écologiques. Ce vert-là est celui de la couleur de peau d’une personne malade – pour preuve, les orcs « n’étaient pas tous verts en arrivant ». La gangremagie ronge tout. Du reste, n’a-t-elle pas bouffée le monde de Dreanor ? Aussi, « les orcs devaient s’enfuir, de crainte de disparaître ». Voilà pourquoi ils « ont décidé d’envahir » Azeroth en lieu et place d’avoir nommé un alchimiste, un gardien qui, par pur esprit corporatiste, aurait pu la contenir. Le prologue plante si bien le décor et oserai-je dire, la problématique, qu’une certaine fatalité accompagnera désormais le lecteur.
À l’inverse du long métrage, Warcraft, le roman, dépasse le prologue en appuyant sur le peu d’espoir que ressentaient les membres du clan des Loups-de-givre, lors de leur périple vers le sud. Répondre à la demande de Gul’dan, leur avait imposés une de ces migrations qui efface l’espoir des mémoires au profit d’une piètre foulée. Toutefois, le clan de la crête de Givrefeu, les Loups-de-givre donc, mené par Durotan, fils de Garad, fils de Durkosh, réussit à rejoindre la horde. Là, les orcs sont « curieusement grands et musclés dans un pays mourant où trop d’orcs souffraient de la famine ». ce premier chapitre (par)achève la quête de Durotan non sans l’installer dans celle de Gul’dan : la conquête d’un nouveau territoire, Azeroth. Pour être plus précis, ce dernier est une planète, le territoire menacé se nomme Hurlevent, capitale des humains, siège de la famille royale.

Dans Warcraft, le roman du film, on y découvre Llane Wrynn, roi habile et rusé – c’est sur son intuition que son épouse se rend auprès de Garona, une femme mi-orc mi-humaine retenue prisonnière dans les geôles de Hurlevent. « Tu avais raison, dit-elle, Il fallait une touche féminine. Elle conduira Lothar jusqu’à leur camp. » Le lecteur trouvera les raisons de sa défection, certes – « Une fois guéris, les os brisés sont plus forts. Les miens sont très forts. » – mais surtout ses interrogations, ses doutes, tous ponctués en italique. La grande force du livre, pénétrer les personnages tant leurs pensées, leurs passés, leurs histoires, sont accessibles au lecteur, tel Moroes, le châtelain de la tour de Karazhan, lieu de résidence du gardien : « Le châtelain habitait à Karazhan depuis bien longtemps. Plus longtemps que Medivh lui-même. Plus longtemps que le précédent Gardien, ou que son prédécesseur. À bien des égards, il faisait autant partie de la tour que ses écuries, sa cuisine ou même son bassin magique. » Et cette « forme noire et spectrale » qui d’abord tend « une main noire » vers une étagère, obligeant l’apprenti Khadgar à répondre à sa curiosité, la tend à Medivh plusieurs pages plus loin, comme pour le tirer d’un mauvais pas ; ou encore la soif de sang, l’instinct animal réprimé par Durotan quand, au pied de la montagne noire il parlemente avec Llane – Tue-les, hurla une voix dans la tête de Durotan. Ce ne sont pas des orcs. Tue-les ! – autant d’indices dans la narration qui placent le livre comme une valeur sûr. Après, Warcraft, le commencement, continuons...

Titre : Warcraft, le roman du film
Auteur : Christie Golden
Éditeur : Panini Books
Année de publication : Juin 2016