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15 avril 2017
Preacher - livre 3

Après avoir conté son aventure éditoriale dans nos précédents articles, nous décortiquons encore un peu plus la mécanique scénaristique conçue par Steve Dillon. Mécanique qui, disons-le, s’appuie pour l’essentiel sur la technique du flash-back.

Le flash-back, grand outil narratif hollywoodien et procédé utilisé pour apporter au spectateur des éléments nécessaires à la compréhension du comportement des personnages principaux, a toujours sa raison d’être. Une technique qu’affectionne particulièrement Steve Dillon – le Livre 1 ne s’ouvre-il pas sur un flash-back d’ouverture ?
« - Mais non ! C’est un prologue, pourrait s’exclamer l’un de ces chroniqueurs ignares et trop sûr d’eux qui saturent les ondes radio comme les tuyaux du web.
Un flash-back d’ouverture ne peut être confondu avec un prologue, qui, certes, prend aussi sa place dans le passé mais n’est en aucun cas un retour en arrière. Aussi, lorsque Cassidy, Jesse Custer et Tulip dînent au Five Ages Diner dans le seul but de faire le point sur les circonstances qui ont permis leurs rencontres, Preacher annonce la couleur : le flash-back en sera le moteur.


Toutefois, les nombreux flash-back déroulés dans le corps du récit n’ont pas la même fonction que l’ouverture. Nul doute qu’ils sont bien plus dramatiques qu’informatifs. Pour le bonheur des lecteurs, ils révéleront chez les personnages principaux, une complexité psychologique manifeste – exprimant par-là une certaine résurgence compulsive de souvenirs que la conscience tend à occulter.
Le lecteur en fera l’expérience dès le neuvième chapitre de Preacher. En s’intitulant Au commencement, celui-ci présente d’abord la rencontre des parents de Custer et l’idylle qui s’en suit. Puis, il déroule l’adolescence malheureuse du prêtre, une adolescence piétinée, torturée et sacrifiée au seul profit de sa terrible mémé.

Voilà comment nous pouvons comprendre le premier trait de caractère de Jesse Custer qu’est la soumission à l’autorité, à l’ordre religieux.
Mais là où les limites restreignent trop et les règles limitent démesurément au point qu’elles autorisent la torture comme punition, il est tout naturel que le subconscient fasse naître une contre-autorité suffisante à déjouer l’oppression. Ainsi John Wayne, ou plus précisément le spectre de John Wayne – autrement dit un modèle façonné durant l’enfance – ce John Wayne-là se rappelle à lui de temps à autre. Il se rappelle à lui dans le but de s’autoriser enfin à déborder, à sortir des limites, à exploser même… et devenir ce prêtre possédé par l’antéchrist. Alors, franchement, qui d’autre que Custer pourrait demander des comptes à Dieu pour avoir osé quitter son poste ?