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06 février 2017
Bestiaire, machines et ornements, François Delarozière

François Delaroziere est le directeur artistique de la compagnie La Machine, dont les ateliers se situent à Nantes et à Tournefeuille. Depuis plus de vingt ans, il conçoit et dirige des grandes machines de spectacle pour de nombreuses villes du monde. Mais encore, innove dans des décors non moins exceptionnels tel que le Carrousel des Mondes Marins. Autant dire que ce livre n’est pas seulement un livre qui réunit une sélection de croquis réalisés entre 1980 et 2015. Il est aussi un concentré de cette expression artistique imprégnée de spectacles de rue et frisant par ailleurs l’univers de Jules Verne – ne sommes-nous pas à Nantes après tout ?

Le lecteur appréciera donc la réconciliation de l’architecture urbaine à la nature. Une sorte d’alliage qui n‘est pas sans rappeler le travail de François Schuiten. Pour preuve, les dessins choisis pour eux-mêmes, hors contexte de création, hors chronologie et toutes échelles confondues, ne sont-ils pas le premier pas vers une réappropriation de l’Art nouveau floral de Victor Horta – et par là même l’Art nouveau belge ?

Les premiers plans que le lecteur examinera seront ceux de l’araignée, une géante de 13 mètres de haut, pesant 38 tonnes et quand elle déploie ses pattes, elle atteint 20 mètres d’envergure. Cette conception destinée à Liverpool en 2008, alors capitale européenne de la culture, donne le ton non par ses dimensions hors normes, mais encore sur la qualité du spectacle de rue qui l’accompagne.
Pour l’exemple, la chouette mi-chevêche, mi grand-duc, dont les plans sont à l’image des autres – le trait fin, précis, anatomiste même ; laissant entre-apercevoir l’esquisse derrière un châssis mécanisé toujours – a donné lieu aux « Premier coup de pelleteuse », un spectacle de rue dont l’ingéniosité n’est pas à démontrer tant le ballet des engins a pelleté et déterré les animaux mécaniques de la Place Napoléon de La Roche-sur-Yon.

Le lecteur aura également la chance d’apprécier des projets avortés tels que l’aigle de Sibérie, alors destiné à la cérémonie d’ouverture des J.O. de Londres en 2012 ; le centaure, l’homme cheval destiné aux J.O. équestres de Caen en 2014 ou Simurgh, créé pour les J.O. de Baku, en 2015. La question du mythe dans le spectacle de rue se présentant à François Delarosiere, il n’hésitera pas à la creuser tant les mythologies servent la création d’un imaginaire collectif.
Et le varan de Saint-Nazaire, dessiné en 2011… Si jamais il avait abouti, il aurait dormi la nuit sur le toit de la base sous-marine et, le jour, aurait transporté 25 passagers dans les rues, à 7km. Mais encore, via un système d’ascenseur et d’un basculement des sièges, la bestiole aurait révélé aux passagers les points de vue les plus extraordinaires de la ville.

Un autre projet avorté, puis réalisé enfin. Comme ce dragon chinois imaginé en 2001 pour la Compagnie Royal de Luxe. Un projet titanesque. 6 mètres de large, entre 14 et 17 mètres de haut, d’une longueur de… 55 mètres. La grosse bête aurait pesé 70 tonnes ! Assurément, le prototype de Long Ma Jing Shen, le dragon cheval réalisé en 2014, à l’occasion du 50e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la République populaire de Chine et la République Française.

Enfin, qu’elles soient géantes ou vouées à un manège dont le décor n’en est pas moins spectaculaire, les réalisations de François Delarozière transportent un public d’un endroit à un autre et, par-là, justifie leur présence dans la ville de manière pérenne. Ainsi parle-t-il de fonction citoyenne en omettant toutefois, qu’elles ne peuvent encore rivaliser avec la rapidité et la régularité des transports publics. Et pourquoi le feraient-elles ?

Titre : Bestiaire, machines et ornements
Auteur : François Delaroziere
Éditeur : Actes Sud
Année de publication : Novembre 2015