Nous suivre
14 décembre 2016
Noir Métal, au cœur de Metaleurop

Face à la baisse du prix des métaux et de la concurrence des pays de l'Est d'une part, et, d'autre part, de l'établissement de normes environnementales, la société Penarroya (propriétaire du site minier depuis 1920) se trouve en grande difficulté dès 1980. Aussi, en 1988, elle s'associe à la branche des métaux non ferreux du groupe Preussag pour former Metaleurop. Sa spécialisation : la production, transformation et valorisation des métaux non ferreux tels que le zinc, le plomb et divers métaux aussi rares que spéciaux (l'indium, par exemple, est utilisé dans les écrans plats ou les roulements à billes du matériel aéronautique militaire). De l'or aussi. Une fusion résultant d'une stratégie industrielle savamment pensée, pourrait-on dire, mais loin de toutes préoccupations écologiques.
Des efforts d'assainissement sont toutefois réalisés sans pour autant empêcher des accidents mortels. En 1993 et 1994, deux explosions sur la colonne de purification de zinc font onze morts. En 1996, Preussag se retire du capital de Metaleurop, laissant la place à Glencore, un groupe suisse de courtage en matières premières. Faut-il n’y voir qu’une simple suite de causes à effets ?

Dès lors que Glencore devient l’actionnaire majoritaire, Metaleurop fractionne toutes ses activités et les filialise en plusieurs sociétés. L’établissement de Noyelles-Godault devient Metaleurop Noyelles, puis Metaleurop Nord. Rien d’illégal jusqu’ici. Juste une question juridique et d’écriture comptable signées de la main du trader, assurément.
Or, la filiation de Metaleurop Nord se fait de manière rétroactive, situant sa date de création au 1er octobre 1993 – ce qui est fort pratique pour y transférer les frais liés aux accidents mortels (soit la modique somme de 250 000 000,00 fr., à laquelle s’ajoute celle liée aux assurances : 190 000 000,00 fr.). Metaleurop SA ne s’arrête pas en si bon chemin. Elle transfère également sur le compte de Metaleurop Nord les actifs nauséabonds que sont les 100 000t. de déchets industriels.
Ce n’est pas tout.

Le service commercial de Metaleurop SA se filialise également, et devient Metaleurop Commercial SA. Dans la manœuvre, les commerciaux sont licenciés au profit de personnes jugées plus proches de Glencore. Pour preuve : Metaleurop Commercial SA signe dans la foulée deux contrats d’exclusivité avec Metaleurop Nord. Ils stipulent que l’achat des matières premières et la revente des produits manufacturés dans le Pas-de-Calais relèvent de la seule responsabilité de Metaleurop Commercial SA. Si jamais on aurait voulu placer sous tutelle Metaleurop Nord, on ne se serait pas pris autrement. En résumé, Metaleurop Nord est désormais sous patronage de Metaleurop Commercial SA, filiale de Metaleurop SA dont l’actionnaire majoritaire est Glencore.
Là encore, ce n’est pas tout.

Metaleurop Nord, n’ayant d’autres choix que d’acheter au prix fort des matières premières aux mines appartenant souvent à… Glencore, et revendant à des tarifs bien en deçà du cours du marché les produits finis aux filiales appartenant à … Glencore, a fort bien affiné sa stratégie. Cette pratique – car c’est une pratique – génère, de fait, un manque à gagner manifeste. Une pratique basée sur la stratégie d’éliminer à la fois Metaleurop Nord et les déchets qui vont avec. Car le site du Pas-de-Calais est le site le plus pollué d’Europe. On parle là d’une zone contaminée aux métaux lourds de 45km2... Une pollution pharaonique qui devrait être prise en charge par Metaleurop SA ? Glencore ? Non. Le contribuable, forcément.
Et je ne vous parle pas de la casse sociale.

Jean-Luc Loyer et Xavier Bétaucourt nous offrent une visite guidée du site de Noyelles-Godault ainsi qu’une rencontre avec des salariés plombés par leurs difficultés : comment se reconvertir après avoir travaillé vingt ans dans la métallurgie sans posséder un seul diplôme ? Mais surtout, comment lutter contre les patrons voyous qui possèdent les réseaux, les savoirs et savoir-faire nécessaires pour privatiser les gains financiers tout en socialisant leurs pertes et leurs excréments ? Une bd reportage d’une rare qualité qui, selon notre point de vue, aurait méritée de s’inscrire dans la charte graphique de Sang Noir, la catastrophe de Courrière.
Metaleurop Nord n’existe plus. Restent la pollution, les salariés sans travail, leurs enfants plombés jusqu’aux os, un monstrueux terril impropre à toute utilisation, un vol du trésor de Metaleurop toujours pas élucidé et… Glencore qui sans cesse trade sur le sacro-saint marché. Amem.

Titre : Noir Métal, au cœur de Métaleurop
Scénario : Jean-Luc Loyer & Xvier Bétaucourt
Dessin : Jean-Luc Loyer
Couleur : Sophie Barroux
Éditeur : Delcourt
Année de publication : Mars 2006