22 janvier 2018
De la métaphysique du gosier - Part. I


Chalonnes-sur-Loire (49), août 2017, photo : C. A.

Un gros con et méchamment balafré m’avait dit un jour : « Un hurleur choisit ses ennemis. »
Un hurleur, m’étais-je alors écrié ? Qu’est-ce donc, mon oncle ?
« Un homme qui prône le silence », m’avait-il répondu. Un hurleur n’est pas un gueulard. Encore moins une pleurnicheuse ou un geignard qui se donne en spectacle. Il peut lui arriver de ronchonner comme tout le monde, mais jamais il ne braillera son mécontentement sans raison.
Aussi, que cela soit ici ou ailleurs, dans une minute ou demain, quelqu’un se jettera sur lui afin de prouver qu’il est bien meilleur. Ce qui est tout à fait normal dans une société incitant, encourageant, prônant, exhortant, prêchant la concurrence, la rivalité, la compétition.
Un hurleur sait qu’il n’existe pas de « mieux » ou de « pire » : lui-même étant meilleur en tout point, c'est-à-dire... en rien.
Il n’hésite donc pas à entendre les offenses, les provocations... Et les prendra pour ce qu’elles sont : de la matière première à retourner aussi sec à l’envoyeur dont l’ego tend à se surdimensionner lorsqu’une occasion de briller (le plus souvent en société) se présente. De surcroît, cela lui fera une séance d’entraînement de plus.
N’ayant pas de destin à accomplir, ni même d’histoire à écrire, le hurleur perd son temps. Discuter, débattre, provoquer, autant de temps perdu – mais quoi faire d’autre en attendant le trépas ?
Parachever le silence.
N’en ajouter que si la diatribe est méchamment efficace.