23 décembre 2017
Judain, Georgie de Saint-Maur, l’Abat-Jour

Horace Judain, détective privé rendu célèbre par un auteur souffrant du syndrome de Sherlock Holmes (1) et d’un sérieux penchant pour la ‘Pataphysique, Horace – que désormais j’appellerai Judain pour d’obscures raisons qui obligent à nommer un détective par son nom à défaut de son prénom – se voit invité à une réception via un pigeon venu se fracasser le bec (et tout le reste) contre la vitre de son appartement. À cette « délicieuse invitation », il répondra à Christine née Joliver, épouse Dûrde, car mariée au « riche Oscar », vous savez ? Oscar Dûrde… de l’authentique Café giroflé qui a conquis sa solide réputation sur ses délicieuses tartes aux reins et son vin de chèvre. Il s’y rendra en train accompagné de son acolyte Pol Schnell, lequel occupera « les trois sièges à lui tout seul » tant son coefficient adipeux se concentre sur le haut de son arrière-train – ce qui n’est, avouons-le, pas très pratique pour s’extraire d’un side-car.
Les voilà donc arpentant le plancher de la demeure des Dûrde située sur une colline de Chèvremont (Wallonie) afin de faire connaissance avec les invités. Et le lecteur, de les suivre avec un sourire de plus en plus marqué à mesure que les convives se présentent.
Arnold Dûrde d’abord, le frère d’Oscar. Ce dernier fera part au détective de l’existence du grand complot pour lequel les invités sont là. Puis Victoria, son épouse, dont la « bouche prometteuse fornique un bonjour généreux » avant de se retirer « comme un saumon nostalgique remonte la rivière de son enfance », leur confessera non sans craindre « une suffocation de modestie » qu’elle est véritablement une grande artiste. D’ailleurs ne peint-elle pas des têtes de rats crevés ?

Succède à Double assassinat au Manoir blanc un texte délicieux qui repose lui aussi sur les principes de la chambre close : Crime sans corps au collège de ‘Pataphysique.
Et rien ne va plus sur l’île de Bedaine, « une petite bande de terre (…) à la frontière entre la Belgique et la Hollande ». Rien ne va au point que Monsieur le baron Patapon, provéditeur dudit collège, menace l’inspecteur Maugrah de faire appel à un « célèbre détective » !
Et Maugrah, de répondre qu’il ne peut rien faire en l’absence de cadavre. Car point de pot aux roses à découvrir sans cadavre, tache de sang ou demande de rançon. Le père Urubu – la victime désignée comme telle par Patapon – aurait pu tout simplement fuir ses fonctions ? Or, selon le Tymbalium, journal édité par les Chevaliers du Boudin Blanc, il n’en est rien : son titre titrant « Le père Urubu assassiné en plein collège ! ». Dès lors, comment Sa Munificence Gaston Patatras – le grand patron de Subsidia, concurrent direct du Tymbalium – ne pourrait pas hurler son désarroi dans les locaux de la Cie. du Boudin Noir ? Car, oui ! chers lecteurs, le collège de ‘Pataphysique n’est en rien épargné par les crises intestines qui inévitablement aboutissent à un schisme véritable. Urubu assassiné, le boudin s’étripe.
Et Judain, suivi de Moulbique et de Maugrah, d’enquêter au sein de son ancien collège pour le plus grand bonheur des lecteurs. Entre eau-de-vie de noix de coco, liqueur de porc et marc de hérisson d’une part et d’improbables personnages aux noms de guerre ubuesques tels que le docteur Patafiole, sergent Patache, madame Patapette ou l’avocat Pataquès d’autre part, Georgie de Saint-Maur nous livre ici une étonnante recette que seule la médaille de l’Ordre de la Grande Bidouille pourrait en valider une reconnaissance patapater bien méritée.

Dernière nouvelle de ce recueil loufoque, Meurtre à Saint-Gauche. Autre lieu, autres personnages drôlatiques : un hôpital psychiatrique qui fournit à l’auteur tout le matériel créatif nécessaire : un psychiatre obsessionnel de la comptine Il fourre, il fourre, le curé ; des résidents malades prouvant que ce texte fut pensé pour une époque pas si lointaine qui vouait ce genre de structure à l’accueil de ceux pour qui elle fut construite..., un caporal-chef se prenant pour Judain et un inspecteur qui se voit rattrapé par le principe de réalité au nom de l’amitié et du chauffage ! Un ouvrage hilarant pour ceux qui jamais ne sont hermétiques à l’audace littéraire et fort curieux de ces bidouilles ‘pataphysiques mises en rayon par de courageux éditeurs et libraires indépendants.

(1) Cf. Meurtre à Saint-Gauche, trois enquêtes loufoques du détective Judain, Georgie de Saint-Maur, l’Abat-jour, octobre 2017.

Titre : Trois enquêtes loufoques du détective Judain
Auteur : Georgie de Saint-Maur
Éditeur : L'Abat-Jour
Année de publication : octobre 2017