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22 juillet 2016
Les Chroniques de Spiderwick, ce monde invisible qui nous entoure...
D'abord paru dans la Tête en Rêve, fanzine distribué par Phénomène J - cet article a été revu et augmenté.

La fable commence dès la première page. Holly Black, l'auteur des Chroniques de Spiderwick, et le talentueux illustrateur Tony DiTerlizzi, dédicacent leur dernier ouvrage dans une « grande librairie ».
À la fin d'une journée harassante, le libraire leur remet discrètement une curieuse lettre signée Mallory, Jared et Simon Grace...
Les trois ados y révèlent leur récente découverte : un vieux grimoire dans lequel les lecteurs apprennent la bonne manière de reconnaître les fées et les moyens de s'en protéger.
Une rencontre s'ensuit, forcément. La suite, on la devine.
Les deux adultes, emportés par le discours des trois chiards, ont tant plongé dans un univers auquel ils n'y croyaient plus depuis leurs premières cuites qu'ils en ont écrit cinq livres. Cinq ! Si ça, ça n'est pas de la passion pour la chose écrite, que Mulgarath himself me gratte l'oignon sur le champ ! Car, qu'on se le dise, le premier tome des Chroniques de Spiderwick est bel et bien leur premier bouquin. Finement joué, au final, que d'avoir brandi la notoriété avant même de l'avoir acquise.

Les Chroniques de Spiderwick, du nom de feu Arthur Spiderwick, père de Lucinda, la tante des gosses Grace qui leur a proposé d'habiter provisoirement sa maison - certes, un poil délabrée, datant même de l'époque victorienne, mais elle leur permettra bien de faire face, comme on dit - leurs parents doivent surmonter des difficultés de couple.
Quant à elle, Lucinda, elle vit en EHPAD - pardon ! En Maison de retraite... Diantre ! Voilà donc des mômes d'aujourd'hui, avec des problèmes contemporains, dans un univers fantastique ! Riche idée, m'est avis.

Cinq tomes constituent le premier cycle, le second, également édité chez Pocket Jeunesse, s'intitule Au-delà du monde de Spiderwick, et vous sera peut-être chroniqué d'ici peu. Dans l'attente, revenons au premier cycle.
Les frères jumeaux (Jared et Simon) ont des caractères fort différents - disons seulement que Simon est tempéré, réfléchi, mû par la passion furieuse de l'écologie. Jared, lui, est davantage taciturne et un tantinet emporté par les curieux événements qui vont suivre. Ce dernier ne souhaite qu'une chose : repartir vivre comme avant, à New York, avec son père (qui vient de quitter Mme Grace pour une autre femme). Des mômes de baby-boomers, j'vous dis.
Mallory, la sœur aînée, a un faible pour les piques verbaux et les bottes secrètes au fleuret. Elle, est souvent en désaccord avec Jared. Mais ses talents d'escrimeuse seront un atout majeur pour combattre Mulgarath, un ogre aussi féroce que laid. Pouah ! Lui, ce qu'il veut à tout prix c'est un vieux bouquin écrit jadis par le naturaliste Arthur Spiderwick. Parait que des secrets y sont révélés... Des secrets permettant à celui qui les possède de pratiquer autant de génocides qu'il lui sera nécessaire pour régner sur le monde qui nous entoure. Ouf ! Ce bouquin, nul ne sait où il se trouve.
Tiens ! Voilà les trois chiards qui s'avancent dans les couloirs obscurs de leur nouvelle demeure. Mme Grace étant partie acheter de quoi prendre le petit-déjeuner, ils comptèrent en profiter. Mais Jared a entendu du bruit... Une sorte de piétinements d'ongles dans le mur. Des petits pas secs qui montent jusqu'au plafond. Une souris ? Un écureuil plutôt ! Du genre qui gratte dans les murs, la nuit. Là, dans la cuisine ! Les gosses s'approchent... La bestiole s'immobilise.
Mallory saisit le balai et frappe d'estoc ! Le plâtre s'effondre dans un nuage de poussière. Une fois évanoui, il laisse la place à des lambeaux de vêtements, des loques en soie, en dentelle, et autres bouts de rideaux camouflant des soldats de plomb tantôt brûlés, tantôt amputés. Au-dessus, des cadavres de cafards suspendus en guirlande et... une médaille d'escrime de Mallory ! Que fait-elle là, dans ce trou ? Hep, là ! C'est quoi cette corde ? « Un monte-charge ! » crie l'aînée, l'écureuil est dans le conduit, pour sûr !
Jared, ravi de faire un truc impossible pour sa grande perche de sœur, y grimpe comme il peut. « On va pas te tracter là-dedans ? » fait-elle, surprise par tant d'audace
Si fait.
Et la plate-forme, de bringuebaler dans le mur.
Une fois en haut, il sort de son réduit et balaie du regard la pièce, à la seule lueur chiche de sa bougie... Une bibliothèque !
Au centre, un bureau sur lequel se trouve un livre épais et des lunettes rondes à l'ancienne. Il s'avance et découvre des ouvrages dont les titres le surprend : Histoires des nains écossais ; Abrégé des voyages des farfadets à travers le monde ; Anatomie des insectes et autres créatures volantes...
Plus loin, se trouve une rangée de bocaux en verre contenant des plantes séchées, des galets de rivière, des morceaux d'on-ne-sait-quoi... L'écureuil ! Jared se retourne en sursaut. Qui est-là ? Rien. Pas de réponse. Soudain, le môme prend conscience que la bibliothèque n'a pas de porte... Une pièce secrète ? Il contourne le bureau sur lequel est inscrit dans la poussière :

Abracadabra
je suis là
et vous n'aimerez pas ça !

Depuis quand un écureuil sait-il écrire ?

Titre : Les Chroniques de Spiderwick
Récit : Holly Black
Univers graphique : Tony DiTerlizzi
Éditions : Pocket Jeunesse