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04 juillet 2016
Homicide, Philippe Squarzoni

À la lecture de Baltimore (David Simon, Édit. Sonatine), Philippe Squarzoni s'est de suite dit : « Voilà mon prochain album ! » tant il l'a trouvé bien écrit et à contre-courant des personnages de supers flics habituellement en scène dans les polars.
Comme on le comprend ! Durant un an, David Simon, alors journaliste au Baltimore Sun – lequel, à l’époque, publiait deux éditions par jour (The sun, le matin ; The Evening Sun, l'après-midi) – a accompagné la brigade criminelle de la police de Baltimore dans ces nombreuses enquêtes. Les statistiques avançaient le chiffre de 240 meurtres par an. C'est dire si son journal de bord fut bien rempli ! Et ô combien il en avait à disposition, de la matière première, pour son récit.
Et ce même récit, de matière première à la série Sur Écoute, The Wire, diffusée sur HBO.

Nous voici donc dans le quotidien d'une brigade criminelle dont la ville pourrait rivaliser avec Gotham City tant les meurtres s'exécutent haut la main. Toutefois, le lecteur n'y verra pas de super-héros. Juste des flics moustachus assis à leurs bureaux, lisant le prochain dossier, remplissant la paperasse obligatoire en attendant l'appel téléphonique qui les obligera à quitter l'immeuble « mal ventilé et bourré d'amiante » pour se rendre sur une nouvelle scène de crime.
L'envers du décor que l'on découvre ici, découle de cette autre façon de raconter le métier de flic. Le dessin de Philippe Squarzoni se marie judicieusement avec le texte de David Simon et livre un reportage bd de bonne facture.

Du premier, nous retenons un dessin qui délaisse le détail au profit de la synthèse. Un écusson sur la chemise, un holster à la ceinture et le képi qui va bien suffisent à faire un flic. Dès lors, Squarzoni se penche davantage sur les visages. La moustache d'abord, à la Magnum. Épaisse, drue. Le visage ensuite, mutique, fermé. Quant au flic, toujours dans l'ombre et dans l'image toujours.
Du second, un texte mis en valeur assez facilement tant il est bien écrit. Et son omniprésence est justifiée par le genre utilisé (le reportage). Notons qu’il n'est jamais surinterprété par l'image. Pas de courses-poursuites ni de fusillades – en revanche, du cadavre, du présumé innocent, de la paperasse et de la hiérarchie. Pas de fioriture donc. Ni d'émotions. Il y a bien deux ou trois bonnes blagues mais les acteurs sous-jouent – qu'ils soient flics, témoins ou présumés.

Les couleurs sobres ajoutent à la monotonie ambiante. Jusqu'à ce que le rouge vif surgisse. Mais c'est déjà trop tard. La violence n'est plus. Il ne reste qu'une dépouille dans le noir, circonscrite de flics, et les gyrophares désaturant le sang jusqu'au gris. À lire impérativement.

Titre : Homicide - Une année dans les rues de Baltimore
Auteur : Philippe Squarzoni
Éditeur : Delcourt
Année de publication : Mai 2016