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23 mars 2016
Où les guides font bien leur travail


Manifestation contre la réforme des retraites, Angers, 2009.

Un pas. Lourd. D’un appui parfait quoiqu’un brin fatigué par la marche. La sixième je crois. Je n’en suis pas sûr… Plus j’avance, plus je me demande à quoi ça sert de marcher. Marcher vers où, d'ailleurs ? Une insurrection ? Je ne pense pas. Les manifestations d’aujourd’hui ne sont que carnavals, cirques et musiques. Tous, bien ancrés dans leurs certitudes, certifient que la société peut être changée sans violence. Je n'y crois pas. N'y crois plus, disons. Ceux qui sont aux manettes, jamais ils ne les laisseraient aux mains gercées, craquelées, crevassées de la populace. Pourquoi le feraient-ils ?
Alors la plèbe marche. Et moi avec, car il m'est impossible de travailler les jours de grèves. Question de cohérence. Nous marchons, et le Saint-Esprit fera le reste.
Soudain, un fumigène rouge cardinal au coin d’une rue – qui l’a allumé ?
Un pavé survole la foule, se fracasse aux pieds d’un CRS. Des drapeaux noirs partout ! Des centaines ! À peine, à dire vrai. Toutefois, voilà les anars faisant ce pour quoi la société les a faits ! Dire non. S'insurger. Faut bien sanctionner à la gaucherie des politiques menées jusqu'alors, non ? Plutôt par les urnes, hurlent les randonneurs. Comme si les élections changeaient les choses. Boucliers et plastrons en place, la compagnie des mercenaires républicains prennent position. Du métro, turbin, caveau, plus personne n’en veut. Pourtant les randonneurs et leurs guides syndicalistes condamnent ces actes via les portes-voix. Les problèmes sociaux se résoudront autour d'une table avec un stylo. C'est pourquoi les problèmes sociaux perdurent. Et qu'un autre caillou s'envole. Retour flash-ball pleine face. La révolte n’est pas mature – trop jeune, trop timide, dépendante du médiatiquement acceptable. Peu de chance de mater les petits soldats du Capitalisme. Eux, sont entraînés, bien payés et armés jusqu'aux dents qu'ils ont longues. Quant à leurs maîtres, ils dîneront au Siècle bien tard, ce soir.
Une voile noire, au sol. Piétinée. Les révoltés ont péri. Désormais, qui va dire non ? Les guides ? Nous reste le dessin, remarquez – au risque de se prendre un pruneau dans l'oignon par les brebis des guides salafistes. Dur de dire non aux cons de naissance, aujourd'hui.