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09 mars 2016
Odeur de brûlé, Carali

Odeur de Brûlé, la rubrique que tient Carali dans Siné Mensuel, est aussi le nom de son dernier album paru chez…le Psikopat, forcément. Des histoires autobiographiques « sans aucun ordre chronologique » écrites à la paluche façon Siné, et compilés pour l'occasion dans un écrin de belle facture.
À le feuilleter, il est clair que son auteur copine avec l'abus textuel. L'encre noir du récit domine la planche ; le dessin, lui, la parsème si peu qu'il pourrait faire office de simple faire-valoir. Or, il n'en est rien. Certes, du texte il y en a. Mais du dessin aussi. Et le mariage fonctionne. (Hé ho, c'est Carali, merde !) Quant à l'autobiographie, elle révèle de nombreuses surprises…

Son paternel d'abord.
Alexandre (son prénom), bien que musclé de partout et directeur d'un gymnase, il se lance dans l'élevage local de champions boursouflés à la protéine. Il forme un type (c'est le cas de le dire) accosté dans la rue qui deviendra le premier Mr. Univers égyptien (1964) ! Et même qu'avant, en 1960, il est président du jury de je ne sais quelle fédération qui sacra champion du monde l'engin autrichien : Arnold Schwarzenegger.
Son rôle d'arbitre de compétition le mena à faire de nombreux voyages à l'étranger. Un jour, du salon, il appelle son gamin (Paul) pour lui faire une surprise. Celui-ci arrive et que découvre-t-il ? Là, dans le salon familial, Tarzan ! Le vrai ! En chair, en os et en costard ! Johnny Weissmuller !
Certes, nous apprenons qu'il était le kinésithérapeute privé du président égyptien Nasser, mais avouons qu'il y a plus drôle. Le paternel, une figure incontournable dans la vie de Carali (Paul), aimait à user avec prodigalité de sa fonction de chroniqueur sportif à la radio... Pour faire rire ses potes, il remplaçait le nom d'un champion par celui « d'un copain, d'un oncle ou d'un cousin ».
Et cette fois où, à l'église, lorsque le curé stoppa net sa messe parce qu'il causait un peu trop, le paternel lâcha tout haut : « T'aurais vu sa paire de nibards mon vieux ! ».
Mais voilà... Un jour, Nasser nationalisa toutes les entreprises privées. La famille quitta alors l'Égypte pour le Liban.

Sa mère ensuite.
Quand il était petit, très petit, au stade fœtus en fait, Paul Carali se plaisait à prendre le rôle de matador et sa pratique consistait à l'esquive de l'aiguille à tricoter – vous savez, de celle que l'on utilisait pour « faire passer » l'enfant. Du coup – aïe ! – sa maman se troua le bidon à défaut de faire une fausse couche. Inutile d'insister, Paul, à l'instar de son frère Gabriel, n'était pas voulu. Voilà pourquoi son frère pétait les plombs quand lui, Paul, cherchait à attirer l'attention…
Gabriel, justement. Maniaco-dépressif. Et schizophrène. Il était de ceux qui font chier la famille bien malgré eux. Mais pas seulement. Il était son frère avec lequel il faisait les 400 coups. Jusqu'à ce que la maladie gagne du terrain. Internements. Multiples. Et un jour, Paul lui rendit une visite avec son fourgon sur lequel se trouvait le logo du mensuel qu'il venait de lancer… Psikopat. Un scandale !

Anne.
Après utilisation de la technique du scénario qui met en scène des copains agressant la femme convoitée accompagnée de son amoureux d'alors, Paul la ravit à Robert – n'était-il pas plus couillu que ce dernier ? Or, Paul n'a pas su tenir sa langue. Il avoua à Anne « son héroïsme bidon et sa culpabilité envers » son pote. C'est là qu'elle succomba à son charme.
Fille de Gérard Liger-Belair, dit le fakir Gelbey, car avant de rencontrer Olga, sa future femme, il était fakir et usait de l'aiguille à foison pour se trouer le corps assis sur des clous. Mais Olga n'aimait pas les aiguilles. Aussi, Gérard stoppa le tir pour ouvrir un magasin de modélisme à Bruxelles. Et les modèles réduits servait de modèles à... Franquin.
Gérard était aussi un as de la bricole, d'où sa rubrique dans Le Journal de Tintin : Les trucs et ficelles du professeur Tournesol. Gérard était donc pote avec Hergé. Il lui avait d'ailleurs fabriqué une maquette de bateau pour les besoins d'un de ses albums. Oui, c'est un fakir qui a créé la Licorne dans Le secret de la Licorne.
Pour revenir à sa fille, Anne, (la femme de Carali) est bien celle qui signa sous les pseudos bien connus d'Anne Guduël ou Gudule, plus de 250 bouquins et de nombreuses chroniques dans Charlie Hebdo.
Ah oui ! Charlie Hebdo… Carali et Charlie Hebdo…