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09 mars 2016
La Boule, Loïc Jombart

Un album très attendu que La Boule, car il résulte d'un appel à projet bd lancé par l'association Calonn'Anim voilà plusieurs années déjà. Il aurait dû sortir pour les 25 ans de Bulles en Loire, mais le plus important n'est-il pas sa présence dans les bacs ligériens ? Et, comme tous bons ligériens, nous nous sommes jetés dans la mêlée, jouant du coude par-là, du front par-ci, car il était hors de question de ne pas en avoir un. (HEP ! Nous avons un service de presse, les gars !)

Mais avant, un mot sur l'auteur.
Loïc Jombart est loin d'être un inconnu dans la région. Il sort tout droit du concours de bd amateur de Bulles en Loire, qu'il a d'ailleurs gagné à plusieurs reprises. Oui Loïc (le voilà nous susurrant à l'oreille qu'il y a participé dès la 3ème édition), c'est une vieille histoire d'amour entre toi et Chalonnes. Un averti de la commande BD, autrement dit. Statut qui se confirmera plus tard avec Milles et une mines (ÉSAG d'Angers, avril 2004), une BD de sensibilisation au danger des mines anti-personnel et des sous-munitions explosives traduit en une vingtaine de langues et 100 000 ouvrages distribués dans le monde, s'il vous plaît !
Puis, Il était trop de fois (Scérén Éditions, octobre 2009), une BD muette, sensible, qui aborde la problématique de l'enfance en danger, travail qui a le mérite de révéler, chez Loïc, une réelle empathie pour l'enfance brisée. Du reste, Les Tours de Babel, en résultant d'un long travail avec le centre social Jacques Percereau (Saumur, 49), nous le confirme-t-il pas ?

Outre le fait que Loïc soit « un gros maso » dans sa manière de procéder – il libère d'abord sa fougue créatrice sur Cintiq, une tablette graphique pour Wacom ; puis il place le papier original sur la table lumineuse afin de finaliser le travail de construction – il n'en demeure pas moins sous influences... Son métier de graphiste, assurément, l'oblige à penser le produit fini. D'où un quasi protocole de confection centré sur la question suivante : pour tel thème, il y a tel lecteur ; aussi, qu'elle est la meilleure forme à employer (aquarelle, couleurs informatisées, style semi-réaliste ou cartoon...) pour favoriser l'intégration du message éducatif chez le lecteur ? Car Loïc utilise la BD comme vecteur d'apprentissage, ce qui, en soit, est un sacré challenge et, de surcroît, lui offre la possibilité de contourner le risque économique et l'aléatoire liés à l'édition BD. En fait, Loïc est un stratège perfectionniste. Ou un perfectionniste assez stratégique. Quant à La Boule… il s'est inspiré à la fois de La boule de fort par noms et par mots, de Gérard Linden (Éditions Cheminements, décembre 2006) et de ses travaux de recherche sur l'architecture communale des années 1900, sur les costumes de l'époque… Un vrai bourreau de turbin, j'vous dis.
Et ça paye !

Marguerite, hier, une belle jeune fille de la Loire ; désormais, ses vieux os lui rappelle que son avenir est révolu. C'est peut-être pourquoi elle revient – tout en se rendant en un lieu précis – sur son passé. Un passé dont la richesse est fonction du peu d'avenir qu'il nous reste. Moins le futur est conséquent, plus important est la mémoire. Or, la mémoire a une furieuse tendance à se faire oublier. D'où l'utilité de l'écrire. Pour en faire un récit. L'histoire. Et celle de Marguerite, ici, se raconte au lecteur pour ne pas être oubliée. La nostalgie des premiers amours. Du premier choix surtout. Choix impossible qu'il lui a fallu faire. Encore que… Faire un choix sans tenir compte de celui des autres reste illusoire. D'ailleurs, de celui des autres ou des nôtres, lesquels s'imposent le plus souvent ? Celui de Marguerite s'effacera devant les conséquences de l'Histoire. De Jules, un gosse du Liger surnommé « La Boule » tant il est doué pour la boule de fort, ou du jeune parigot Victor, petit-fils d'un riche industriel mais non moins habile à la boule lui aussi, de qui Marguerite accueillera l'amour manifestement sincère ?
Un album dont le ton sépia ajoute une couche à cette nostalgie qui, après lecture, titille les neurones pendant longtemps et laisse en bouche un arrière-goût de fraîcheur… non sans un brin de colère envers les bergers des pauvres couillons du front – envers tous les bergers des pauvres couillons de tous les fronts, du reste. 

Les droits des Tours de Babel sont aujourd'hui disponibles. Elles peuvent donc être éditées. Mais encore, publiées dans un journal, un magazine, en flyers… « autant de solutions que d'utilisations possibles ». Pour tous renseignements : Loïc Jombart.