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09 mars 2016
Éric Ivars, entre gag et dessin de presse
D'abord paru dans le Kulturopat n°6 - cet article a été remanié et augmenté par la suite.

Présent pour la troisième fois au festival Bulles en Loire (Chalonnes-sur-Loire, 49), Éric Ivars nous a fait la surprise d'être accompagné de Paul Carali, vieux loup de mer de la presse satirique – et mon petit doigt me dit que nous n'étions pas totalement étrangers à l'affaire...

Un stand bien fourni que celui d'Éric, d'autant plus qu'il présentait ses deux dernières publications : Carnet de chez Moi et Tout Fout L'Camp ! Mais avant de vous en toucher deux mots, revoyons un brin sa bio.
Publié dans un premier temps chez Hard Rock Magazine, Best, Rock&Folk, Fleurus, Mag'jeunes..., Éric rejoint très vite Fluide Glacial. Là, ses Suicides de Ménage ont de suite trouvé leurs lecteurs dont… Paul Karali – dit Carali, grand amateur d'humour bête et méchant et fondateur du Petit Psikopat qui deviendra grand.
1989, Éric accepte l’invitation de Carali et, du coup, passe de la plaisante ligne éditoriale de Fluide Glacial à celle, plus satirique, plus corrosive, du Psikopat qui, à l’heure où j’écris ces lignes, approche les 280 numéros.

D’un ou deux dessins « pour rigoler », sans but précis, les Suicides de Ménage qu'il met en scène l’inscrit irrémédiablement dans l’illustration d’abord, la bd ensuite.
Cet éternel aficionado de Dubout (1905-1976) – grand illustrateur, peintre et affichiste de son époque – mais encore de Crumb ou Gilbert Shelton – tous d'eux figures de proue du comic underground états-uniens – se plaît à rire avec « le dépressif joyeux ».

En plus des planches gags produites pour Pif Gadget jusqu’en 2009 – réunies dans Circus Story et Tous à ses trousses ! – les albums tous publics qu'il publie depuis, présentent presque exclusivement des scénettes, des sketches centrés sur la vie quotidienne. Un intérêt qu'il explique ainsi : « Je ne me vois pas faire un album de 48 pages, déjà, au bout de trois, je m’essouffle. » Et d'ajouter : « Il faut que cela aille vite ! ». Aussi, dès 6h00 du matin, le voilà sur sa table, à s’astiquer le bulbe au moins autant que les pinceaux. Très vite, l’histoire se construit au bout de trois ou quatre crobars. Le veinard…
Non ! Veinards que nous sommes, car les planches publiées au fils des mois dans les pages du Psikopat sont entre autres réunies dans Destins ordinaires ou Tant qu’il y aura de l’amour, aux Éditions du Zébu.
Quand le premier présente des histoires sans paroles aussi drôles que Postule girl, L’incruste, L’irresponsable et L’amour pubère, le second dévoile des scénettes tout aussi caustiques, décalées, aux chutes plutôt absurdes (Le grand jeu, La faim justifie les moyens, Jean-François Mozart...). Quoi qu’il en soit, Éric soulève des thèmes avec... oui ! talent et, j’ose le dire, bon goût. Composer un album où le cocufiage, le vice et l’opportunisme incongru se mêlent avec brio à des histoires de pipi-caca, de vomi, et de pendu, relève d’une Psikopatie glaciale. Gare à toi Éric !

Comme son nom l'indique Carnet de chez moi regroupe des illustrations publiées ça et là, dans le Psikopat, Fluide Glacial, 30 Millions d'Amis (nan, j'déconne pas !), etc. Un album important car il prouve à l'auteur qui, par humilité peut-être, se refuse à dire qu'il fait du dessin de presse. Or, page 6, le chier renifleur qui aide son maître à chercher du boulot ; page 10, Des singes cobayes envoyés à Fukushima ou la Fonte de la banquise ; page 13, en lieu et place de Air France, Air Souffrance ; page 15, La Tauromachie désormais au patrimoine culturel français ; page 18 : le fiston demandant à son père ce qu'est la viande bio... Nous pourrions aller plus loin dans l'album et découvrir qu'ô combien ces illustrations satirent l'actualité. Assurément, Éric fait du dessin de presse quoiqu'il en dise.
Dans Tout Fout L'Camp !, tout fout l'camp : l'intelligence, la mémoire, le contenu de nos intestins, la mémoire, l’ouïe, la mémoire, l'empathie, la justice, le civisme… ah oui ! Et la mémoire aussi. Imposant l'idée qu'il n'y a que le format scénette qui permet à Éric d'aborder autant de thème en un seul et très bon album.