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21 décembre 2015
Où la lecture jeunesse s'adresse aussi aux vieux
D'abord paru dans la Tête en Rêve, fanzine distribué par Phénomène J - cet article a été revu et augmenté.

Il est des lectures dites pour la jeunesse qui, parce qu’elles portent les grands thèmes universels, ne lui sont pas uniquement destinées. C’est pourquoi elles devraient être lues par toutes sortes d’adultes – les banquiers, les vieux cons, les ados attardés, les politiciens, les salafistes... Qui plus est, être majeur ne signifiant pas forcément être adulte, (et chaque jour qui passe suffit à le prouver) rien oblige à lire un bouquin jeunesse... en fonction de l'âge.
Dorénavant, puisse l'adulte trouver un moment pour oublier un instant les cours boursiers ou l'obsession tordue de voiler femmes et enfants pour, à l’image d'Anatole dans son jardin, ne plus relever la tête d'un bouquin jeunesse. La terre ne s'en portera que fort mieux. Sauf qu’Anatole, lui, ne quitte pas son potager des yeux. Jamais ! C’est pas son affaire. Même quand le train passe là, juste derrière sa clôture. Jusqu’au jour où il distinguera nettement l’herbe bouger devant lui. Un chat ? Un crapaud ?
Non. Un bébé.
Alors, « du bout de son bâton, comme il l’aurait fait pour un animal un peu galeux (...), il le toucha ». C’est comme ça qu'elle débute, la paternité d'Anatole… Par une improbable rencontre. Ne vient-elle pas combler la solitude du vieil acariâtre et l’abandon (à première vue) du gniard tombé d’un train ? Assurément. Et rapportée par la plume de Jo Hoestland, un large sourire s’impose de lui-même lorsque le livre se ferme.

« Quand on tombe amoureux, on tombe pour de vrai » nous livre d’entrée Raphaël. Qu’il soit paternel ou romantique, subtil ou maladroit, tout porte à croire que l’amour s’amorce d'abord par une chute, qu’il n’existe que si l’un des deux individus (sans compter le chien ou la tortue) se trouve le cul par terre. Et, une fois relevé avec, dans sa main, celle de l’autre, le jeu se poursuit vers une dégringolade quasi inexorable. Puisque son père a décidé que son fils ne reverra pas Colombe, il ne la reverra pas ! « Mais papa, je suis amoureux d’elle ! »
- Tu parles de ce que tu ne connais pas !

Allons bon… L’amour ne serait-il réservé qu’aux adultes ? Ça ne tient pas debout, ça. À tenir tête au patriarche, Raphaël se prendra une beigne. Il ne doit pas revoir la fille du patron de son père. Ne vous avais-je pas dit que Colombe était la fille du patron de son père ? Dès lors, quelle solution lui reste-t-il, si ce n’est une fugue ? Tombe plutôt bien que sa mamie parte en croisière. Et hop ! un week-end chez la vieille. Une plume magnifique, aux phrases chocs, titillant cette belle nostalgie du chiard qui demeure en nous.

Titre : Le bébé tombé du train
Auteur : Jo Hoestlandt & Andrée Prigent
Éditeur : Oscar
Collection : Oscar
Année de publication : Février 2011

Titre : La meilleure nuit de tous les temps
Auteur : Séverine Vidal
Éditeur : Le Rouergue
Année de publication : Mai 2012