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04 août 2015
Entretien avec Philippe Caza

Votre Honneur,
Mesdames et messieurs les Jurés,
Mon cher président de l'Association imaJn'ère,
Braves kulturopats et curieux internautes,
Têtes en noir, en Rêve ou en l'Ère,
Anarchistes où êtes-vous ?,
Improbables téléspectatrices et téléspectateurs ignares,
Socialistes déboussolés et écologistes déracinés,
UMPistes républicanisés par le haut,
Athéistes laïcisés par défaut,
L'affaire qui m'amène ici est d'une extrême gravité.


Crédit photo : A.C.

Jadis dépourvu de toute dangerosité, Philippe Cazaumayou, dit Caza, donnait l'impression, il y a peu encore, de vouloir lâcher les rênes du monde fabuleux du turbin pour une retraire fort bien méritée. Rappelons ses premiers pas professionnels - lesquels avaient bien failli mal tourner. En tant que graphiste publicitaire, il s'était autorisé à encenser les produits manufacturés destinés à la consommation pré-pompidienne. Heureusement, mai 68 l'a très vite jeté dans la bande dessinée, l'illustration et la lecture d'Hara-kiri Hebdo les semaines paires, La Gueule ouverte, les semaines impaires.
Les boulots se sont enchaînés dès la parution de Kris Kool, un premier album inattendu au graphisme pop. Chez Pilote, le beau jeune homme qu'il était tant il arborait la jambe élancée, n'avait point hésité à se mettre en scène dans Scènes de la vie de banlieue - son « gros œuvre » nous dit-il, ci-dessous. Mais, foutre bleu ! Où ce diablotin hilare avait-il trouvé son inspiration pour raconter des histoires aussi courtes que tournées un tantinet vers le fantastique et l'insolite ?
Pour y répondre, voyons sa biographie officielle...

Révolté par les admirables ensembles architecturaux qu'étaient déjà les HLM - époque pré-giscardienne -, cette future sommité en matière de graphisme s'exila dans les Cévennes pour vivre avec des créatures assez énigmatiques parce que non humaines : les chèvres. Marre de l'Homo Detritus banlieusarde ! C'est pourquoi, pour le meilleur de nos petites têtes blondes, il se donna à la science-fiction - non sans vaciller là encore, vers le côté obscur de la palette... Et on le comprend. Car cet homoncule Métal Hurliste d'obédience écologique d'avant l'heure, présentait des obsessions sexuelles manifestes qui s'exprimaient par des dessins érotiques en noir et blanc, pour le magazine Emmanuelle (Éditions Opta). Et hop ! D'un trait de crayon, le voilà chez Opta. Puis J'ai lu - période de sa vie qui, au micro ci-dessous, passe quasi à l'as parce que l'estampillant par trop.
Pourtant, les premières de couverture qu'il illustra durant l'époque giscardienne et mitterrandienne ont été souvent - voire même de loin - supérieures aux contenus des bouquins que le prévenu dit avoir lu de A à Z, en omettant de nommer ceux qui lui sont tombés des mains au bout de trois ou quatre pages, tel Les Robots et l'Empire, d'Isaac Asimov.
Je vous fais grâce, mesdames et messieurs les jurés, de la contrebande du magazine Playboy qu'il effectua en Corée du nord pour, m'a-t-il susurré à l'oreille lors du dernier festival imaJ'ère, éduquer les illustrateurs de là-bas à dessiner de vrais femmes, et non pas de ces planches à repasser qui vous coupe l'envie illico.
Vient la période dite chiraquienne - autrement dit : post-tonton. Là, ça flingue. La saga arkadienne dépeint magnifiquement le catastrophisme typique de la période pré-sarkozyste. Mais comment savoir, mesdames et messieurs les jurés, qu'après la publication du numéro 9 du Monde d'Arkadi, cet hurluberlu du pinceau allait faire plus pour la presse papier française que Nike pour la capote anglaise ? Il s'est jeter corps et âme dans le dessin de presse au détriment des règles les plus élémentaires de la retraite du bon travailleur. Le voici donc en plein chaos hollandais - période post-sarkozyste - à faire du croquis tantôt chez Siné, tantôt chez un Psikopat, afin de se livrer dit-il, à de curieux décalage narratif entre le récit ou le fait politique d'une part et, d'autre part, son actuelle production graphique. Nul doute qu'il soit coupable d'abus de turbin ! Voyez la vidéo ci-dessous, elle vous en convaincra mieux que moi.