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20 juillet 2015
La part du colibri, Pierre Rabhi, Éditions de l'aube

Une première édition de 2006 qui déjà - encore, pourrait dire désormais - invite le lecteur à méditer sur son mode de consommation. Ce texte aussi court qu'efficace, rédigé deux ans avant la crise financière de 2008 - celle qui a vu le sauvetage des banques par les pouvoirs publics sans contrepartie aucune (ce qui, au passage, a aggravé la dette des États, lesquels ne reçoivent, aujourd'hui, aucun cadeau de leur part) - établit un diagnostique si malheureux qu'il propose une solution dépourvue de l'aide des mêmes pouvoirs publics asséchés par ses bourreaux.

Un constat historicisé, d'abord.

Il y a 200 ans à peine, Napoléon Bonaparte ne pouvait pas aller plus vite qu'Alexandre le Grand, Jules César ou Gengis Khan, car tous étaient subordonnés à la vitesse du canasson. La nature imposait limites et cadences. Comme c'est bon de le rappeler !
Avec l'ère industrielle et celle du thermodynamique, l'humanité est passée du cheval canasson au cheval vapeur - non sans l'aide de la conjonction de plusieurs facteurs : le « génie inventif de l'Occident » dans la physique, la mécanique, la chimie, l'électromagnétique et du capital financier provenant des bas de laine paysans d'une part, et, d'autre part, des riches sous-sols des empires coloniaux conquis par la force militaire - et celle de leurs esclaves. Aussi, dans ce type de société, une structure pyramidale de dominance s'impose. Au diable la coopération ! C'est pourquoi la souffrance humaine s'accroît, mais j'y reviendrai...
Enfin, édition de 2006 oblige, le diagnostique s'arrête sur ces énormes bénéfices dégagés en un temps record, au profit d'une infime minorité, laquelle, de surcroît, n'a aucune garantie sur leurs pérennités. Le pétrole n'est-il pas une ressource épuisable ?

La part du colibri, ensuite.

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s'active, allant chercher quelques gouttes d'eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d'un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n'es pas fou ? Tu crois que c'est avec ces gouttes d'eau que tu vas éteindre le feu ? »
« Je sais, répond le colibri, mais je fais ma part. »

Ainsi Pierre Rabhi nous invite-t-il à faire notre part... Mais quelle est-elle ?
Inclure dans nos critères de productions et de consommations, des facteurs environnementaux - contrairement aux dieux dont l'euro, le dollar, le rouble ou le yuan font partis ; contrairement aux élus des pays dit démocratiques, ou encore les actionnaires et leurs marionnettes appelées PDG, la nature n'est-elle pas la seule garante de notre pérennité ? Mais comment faire, puisque les critères du PIB dépendent de la bonne volonté de ces mêmes dieux ?
La part du colibri...
Privilégier la consommation locale éviterait l'encombrement des routes et couloirs marins, l'épuisement de la ressource énergétique et la disparition programmée des petits agriculteurs et commerçants. Le choix de l'auteur se tourne résolument vers la microéconomie, valorisant une réelle autonomie locale. Mais pas seulement. Il se veut aussi écologiste, et rappelle que « plus de 90% de la surface agricole du monde industriel est aujourd'hui inondée de pesticides. Chaque année, jusqu'à 5 millions de personnes exposées de près à hautes doses (...) souffrent d'empoisonnement aigu, plus de 20 000 en meurent ». C'est pourquoi j'en reviens à la souffrance humaine décriée plus haut. Changer notre mode de consommation en favorisant la microéconomie me va. En revanche, elle ne peut se faire sans que lesdites élites politiques, industriels, banquiers, actionnaires et marionnettes ne prennent leurs responsabilités. Leurs choix politiques nous ont amenés dans le mur. La facture est lourde. Qu'ils la paient. Le temps est venu de privatiser les pertes puisque les profits l'ont été avec zèle.

Titre : La part du colibri, L'espèce humaine face à son devenir
Auteur : Pierre Rabhi
Éditeur : L'aube
Année de publication : Juillet 2011