Nous suivre
24 novembre 2013
Lauréate du Gavroche de Mûrs 2013 : Séverine Vidal

La 4ème édition du Gavroche de Mûrs s’est achevée le 07 novembre dernier, à la médiathèque Jean Carmet (Mûrs-Érigné, 49) en présence de Séverine Vidal, lauréate 2013 pour La meilleure nuit de tous les temps (Éditions du Rouergue). Un premier bilan pour les organisateurs.

Elle était déjà venue surprendre ses lecteurs le 15 mai dernier, à la médiathèque Jean Carmet. Son ouvrage La meilleure nuit de tous les temps avait d’ailleurs fait l’objet de nombreuses questions. Écrit en « un mois, un mois et demi », Séverine Vidal avait livré, non sans humour, ses astuces et autres rituels. Écrire ne lui est possible que dans sa cuisine ; l’effervescence de la rue, les allées et venues des membres de sa famille, la radio, autant de freins à la concentration qui, chez elle, ne la gênent pas. Loin de là ! Après tout, le métier d’écrivain n’impose pas forcément une vie d’ermite. Pour preuve : les trois tomes de Roulette Russe (écrits avec Anne-Gaëlle Balpe et Sandrine Beau) et On a rien venu venir (un roman à sept voix préfacé par Stéphane Hessel). Il n'est donc pas étonnant qu'elle soit déjà considérée comme un auteur qui compte dans le paysage littéraire français.


Participants actifs et attentifs du Gavroche de Mûrs,
rencontre Séverine Vidal du 15/05/2013 - photo © C.A.

Des auteurs, des livres, des rencontres inattendues

Au moins d’avril dernier, Jo Hoestland s’était défendue d’agir à la manière d’une enseignante : « Une histoire, ce n’est pas comme un problème de math avec une solution à trouver. C’est comme dans la vie où, heureusement, rien ne se passe comme prévue. »
L’année précédente, les jeunes lecteurs avaient eu la chance d’échanger avec Catherine Leblanc, laquelle avait non seulement présenté son dernier ouvrage – Ce Crime (Baliverne, 2010), alors en lice pour le Gavroche 2012 – mais encore son leitmotiv : « Je veux montrer à quel point un groupe peut exercer une influence sur les jeunes qui le composent. Qu’un groupe peut très vite déraper vers la violence sans même le vouloir. » Outre sa volonté d’expliquer les mécanismes psychologiques, et certains diront sociologiques, qui régissent les appréhensions, les angoisses ou les frayeurs des jeunes lecteurs, elle avait dépassé sa nature réservée pour partager quelques poésies issues de ses recueils (Le voile est très mince qui nous sépare des choses, La Renarde Rouge, 1999 ; Des étoiles sur les genoux, Le Dé Bleu, 2000 ; Le Monde n’est jamais fini, La Renarde, 2005).
Maud Lethielleux, notre chaleureuse et passionnante lauréate 2012 s’était livrée avec humilité aux lecteurs venus nombreux. Auteur de Dis oui, Ninon (Stock, 2010), D’où je suis, je vois la lune (Stock, 2010), J’ai 15 ans et je ne l’ai jamais fait (Thierry Magnier, 2010)... Maud avait non seulement présenté son dernier ouvrage – Marre de l’amour (Thierry Magnier, 2011) – mais encore son anticonformisme comme une manière de vivre : « Je n’ai pas de télévision, ni d’internet. » Très à l’écoute, elle avait par ailleurs insisté sur un point qui, chez les jeunes, avait fait consensus : la minimisation systématique du chagrin d’amour par les adultes. Des rencontres d’auteurs qui, chez les lecteurs de ce prix, font échos à leurs préoccupations quotidiennes.


Séverine Vidal, lauréate 2013 ; en haut, Maud Lethielleux, lauréate 2012 ;
en bas, Chantal Cahour, lauréate 2010 - photo © C. A.

Un prix littéraire qui fonctionne

Sur une initiative de la médiathèque Jean Carmet (Mûrs-Érigné, 49) et de l'internat de l’IME Europe des Ponts-de-Cé, le Gavroche de Mûrs propose aux participants quatre romans dès le début de l'année scolaire. Puis ensemble, jeunes et organisateurs, préparent les rencontres d'auteurs. Une singularité toutefois : faire de cet événement un véritable prix des lecteurs. Comment ? En leur laissant le choix du lauréat - les organisateurs n'ont pas droit au chapitre, ils ne votent pas.
Par ailleurs, au sein de chacune des structures, un club de lecture qui, au fil des ans, voit le nombre de participants s’accroître. Certes, l’IME a fait le choix d’ouvrir ce prix aux non lecteurs. Aussi, pour ne pas pénaliser les lecteurs et inciter les autres à apprendre à lire, l’animateur de l’internat Trémur ne va pas jusqu’au bout d’un livre. Du coup, les jeunes en situation de handicap mental empruntent les ouvrages au sein même du club pour en connaître la fin.
Enfin, la plupart d’entres-eux n’hésitent plus à emprunter des livres hors sélections à la médiathèque. Il est vrai que les rencontres d’auteurs y sont pour beaucoup. Mais ce n’est pas sans compter non plus sur des lectures publiques régulièrement organisées – trop rares, souligne toutefois Christophe (l’un des organisateurs). Lorsque de jeunes lecteurs de tous horizons, aux capacités si différentes, se réunissent autour du livre, d’un auteur, n’est-ce pas l’exclusion sociale qui recule un peu ?