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07 août 2013
Une belle vue

À la grande ville, il est de notoriété publique qu'un poète cause beaucoup, et l'ivrogne boit sans mesure. Or, n'est-ce pas un peu oublier que le poète s'enivre aussi ? Et quand ce dernier boit démesurément, l'ivrogne parle encore plus.


Angers (49) © C. A.

La nuit, l'pochard n'avance plus. Il stoppe, et dit : « J'ai trop bu. ». Puis ouvre l'œil, lève la tête, il fait nuit ! Être sous l'emprise de sa bouche le dispense de vieillir. Un temps. Car la gueule de bois le rattrape. Soumis à la dure loi de l'économie, tu taffes jamais assez ou si jamais tu taffes pas, t'es qu'un feignant assisté par l'allocation. Tu coûtes cher aux travailleurs ! Et les travailleurs ne rendent pas compétitives leurs boîtes, avec les salaires démesurés qu'ils touchent...


Angers (49) © C. A.

Travailleurs qui, du reste, se paient l'escalier à défaut d'ascenseur social, boivent leurs soûls pour causer, refaire le monde histoire d'oublier 1789, la Commune de Paris, Mai 68... Du coup, l'pochard se traîne le soulier sur le pavé angevin. Faut bien rentrer ! Mais où ? Sa femme s'est barrée avec les gosses. Et lui, a des trous comme ça dans ses chaussettes.

Nous sommes tous des spermatozoïdes gagnants !

Il trouve un joli coin. Une belle vue ! Déroule sa couverture, ôte ses souliers, les pose près de lui, bien rangés, et s'enroule dans le torchon. Sort de son sac miteux une bouteille entamée de moitié, la vide. Il regarde la lumière de la rocade, la lune, la lumière de la rocade, la lune...


Angers (49) © C. A.

La journée des labeurs, terminée. Les uns causent, les autres boivent. Et le lendemain est à l'image du précédent. Jusqu'au soir venu.
Cette fois-là, l'poète rentre chez lui. Ou peut-être se balade-t-il...

En chemin, il aperçoit l'pochard. Il l'entend causer tout seul, dire qu'il a trop bu. Et murmurer Une belle vue. Puis il le regarde dérouler sa couverture, ôter ses souliers, les poser près de lui, bien rangés, et s'enrouler dans le torchon. Une bouteille entamée de moitié, rejoindra vite les trois autres, là. L'poète lorgne alors la lumière de la rocade, la lune, la lumière de la rocade, la lune...