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05 mai 2013
Saunière trépasse, Marie grimace


Crédit photo : C.A.

Rennes Le Château présente toujours cette beauté sauvage au XIXèmes. qui plonge le visiteur d'aujourd'hui dans une sincère sérénité.
Mais c'est oublier le tourbillon médiatique infernal du XXème s. L'abbé Béranger Saunière (1852-1917), en décédant, laisse sa bonne Marie Dénardeau dans l'embarras. Une situation financière qui se dégradera d'autant plus rapidement que la première guerre mondiale éclate. L'État français n'abaissera pas les impôts durant cette période. Déjà qu'en temps normal... Marie contractera un premier emprunt de 1100 francs à son fournisseur de produits agricoles, car les fonciers réclamés pour le domaine que l'abbé a fait construire, sont énormes. Elle est, du reste, la plus importante contribuable du village.


Crédit photo : C.A.

Bien que l'abbé lui aie également laissée toutes ses valeurs boursières, Marie n'aura pas de liquidité (1). Elle va se résoudre à faire du troc, vidant ainsi le contenu du domaine, et prendre plusieurs hypothèques qui jamais ne seront levées de son vivant. Faut dire aussi que l'abbé n'a pas regardé à la dépense : achat de tous les terrains qui entourent l'église et le presbytère, dont les actes de propriété seront d'ailleurs au nom de Marie Dénardeau ; lourds travaux de terrassement (ils prendront plus d'un an car tout le haut du village sera nivelé), remonter des tonnes de bonne terre arable pour le potager ; la construction de la villa Béthanie prendra quatre ans ; la tour Magdala, future bibliothèque de l'abbé ; la tour de verre, sans oublier la restauration du presbytère et la rénovation mystérieuse de l'église du village.


Crédit photo : C.A.

La seconde guerre mondiale éclate, Marie est encore propriétaire du domaine. Certes, des acheteurs lui ont été présentés, mais Marie ne s'y résout pas : « Comme vous pouvez le supposer, tout cet été j'ai eu des acquéreurs pour la maison sans jamais me prononcer. Le moment venu je recule toujours pour donner mon dernier mot. Tout me rappelle trop de souvenirs de notre cher disparu pour m'en séparer et je prolonge indéfiniment ma décision. » (Marie Dénardeau, lettre à un ami, 1923). Toutefois, pour des raisons pécuniaires, elle reçoit des hôtes et, en fin d'année 1942, se voit imposer des officiers du Reich.


Marie Dénardeau, 1900. Coiffure apprêtée, bijou en sautoir, âgée d'une trentaine d'année, vit avec l'abbé depuis 12 ans.

Fort inquiet de l'invasion allemande (1942), Noël Corbu, un industriel de Perpignan, et sa famille se réfugient à Bugarach, une commune voisine de Rennes-le-Château. Là, il apprend qu'un curé richissime a légué un domaine magnifique à sa bonne, laquelle n'a pas les moyens de l'entretenir. Il s'y rendra de nombreuses fois et, peu à peu, une amitié se nouera même entre Marie, alors âgée de 78 ans, Noël (dont le projet d'une raffinerie de sucre au Maroc peine à avancer), Henriette (née Coll), sa femme, et leurs deux enfants. Elle finira par accepter une rente viagère, un testament (juillet 1946) nommera Mr et Mme Corbu, ses légataires universels.

Marie Dénardeau décèdera le 29 janvier 1953 - rentable le viager ! Mais j'y pense... Je ne vous ai toujours pas parlé de l'abbé !
Autres questions : pourquoi Noël Corbu s'est accroché à ce domaine ? Pour l'amour des lieux ? Avait-il de quoi couvrir la taxe foncière et l'ISF ? Si non, pourquoi s'être autant accroché à ce domaine ?

(1) Il n'existe aucune trace de ces transactions. Se rendre à la banque lui était impossible durant la guerre, la banque étant autrichienne. Et, après la guerre de 14, les valeurs n'étaient plus en cours.