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31 janvier 2013
High Dolls, Cie Opéra Pagaï


Qui tire les ficelles du groupe High Dolls ?

Puck, un guitariste fougueux, leader incontesté du trio, un brin arrogant, dominé par le culte de lui-même, gratte ses notes avec impertinence – non sans une véritable présence scénique. Judy, bien que batteuse du groupe, elle n’en demeure pas moins la plus discrète. Certes, son côté rebelle révèle bien l’adolescente qu’elle est, mais ne trouve-t-il pas toute son utilité quand il s’agit de donner le change aux deux jeunes machos qui l’accompagnent ? Enfin, Jack, excellent bassiste, un brin racaille (yo !), joue de son instrument avec une dextérité manifeste.
Ce qui m’amène aux marionnettistes… Car vous l’avez compris, Puck, Judy et Jack ne sont que des pantins. Et comme tous pantins, ils ne dépendent que du talent de ceux qui tirent les ficelles. Ici, Sophie Cathelot, Benoît Chesnel et Sébastien Genebes, exercent le leur avec générosité (font pas semblant ! Suent à grosses gouttes après…) et habileté impressionnante pour ceux qui, comme moi, savent à peine faire leurs lacets. De surcroît, ils ont, contrairement à Doc Gynéco ou Tokio Hotel, un véritable organe. Ils savent chanter. Mais le plus important n’est pas là. Le spectateur adulte le trouvera dans la critique acerbe, lucide, du show bisness.

Au fond, l’adoration populaire d’une star du rock résulte de quoi ? Sous l’étiquette emblématique « idole des jeunes » (n’allez pas croire que je vous cause de Johnny, là), laquelle incarne(rait) un mouvement prônant la liberté de pensée, la contre-culture et l’indépendance ; le people (pouah ! ce mot me fait vomir…) n’est qu’un objet commercial savamment construit et rendu crédible par, là encore, ceux qui tirent véritablement les ficelles – à savoir les producteurs comme les diffuseurs. High Dolls, (le spectacle, non le groupe) s’évertue à déconstruire ce qui n’est rien de moins qu’un concept marketing voué à faire de l’argent. C’est pourquoi, à l’instar de 2084, un futur plein d’avenir (Cie. Flash Marionnette), il intègre la mallette pédagogique du Kulturopat tant il est éducatif.
Aussi, à la fin du « concert », l’impression vive d’entendre : « Voilà. Maintenant, les jeunes, n’allez pas vous faire avoir ! Vous n’êtes pas des groupies ayant de la sauce blanche en guise de cerveau ! ». Impression salement démentie quand, juste derrière moi, un grand anorexique fort branlant gueula avec son fils à s’en péter la rate « Une autre ! Une autre ! ». Rien compris, lui.
Et lorsqu’il trépigna du talon, incitant par-là son gnard à faire de même pour rappeler les pantins, la troupe ne lui donna pas le change. Tout à son honneur, moi j'dis.

Auteur : Sébastien Genebes
Jeu : Sophie Cathelot, Benoît Chesnel, Sébastien Genebes, Lionel Ienco
Régisseur général et lumières : Raphaël Droin
Régisseur son et vidéo : Mika Dieu
Création lumière : Lionel Ienco
Direction d’acteurs : Cyril Jaubert
Costumes : Muriel Lievin