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10 octobre 2012
Ni Dieu, ni Maître, ni Trader !

Je ne comprends pas.
Je ne comprends pas pourquoi nous ne nous révoltons pas davantage contre la domination du CAC 40.
Une lutte armée ?
Pourquoi pas.
Engager une révolution ?
Face aux tireurs d’élite des journaux télévisés et autres mercenaires à la solde du Marché, je risque de passer et pour un dangereux terroriste et un clown déséquilibré. Certes, un clown de l’ultra gauche. Mais un clown quand même.
Et déséquilibré par surcroît.
Alors je laisse pisser le mérinos.
Je laisse d’autant plus pisser que la plupart des téléspectateurs oseront adhérer à la thèse farfelue du clown terroriste et déséquilibré.
Par ailleurs, me retrouver devant une justice inféodée à ceux qui la paie grassement et s’entendre brailler un argument pourtant recevable – « Seule la société, parce qu’elle nous place sans cesse les uns contre les autres, est aujourd’hui en grande partie responsable de mon acte de rébellion » – et, au final, se faire condamner, m’oblige – foutre bleu ! – à rentrer dans le rang.
Oui, ce serait bien la société dans laquelle nous vivons qui serait responsable de ma rébellion. Ne permet-elle pas à de jeunes traders de spéculer sur les produits de première nécessité tels que le blé, le lait, et, de là, laisser proliférer pénuries, famine et maladies ?
N’autorise-t-elle pas à ces même traders d’acheter, vendre, prendre des bénéfices au détriment des salariés, lesquels, pour une raison exclusive de coût, se voient – je cite : « remercier » ?
Puisque ces chiens-là ont un droit de vie et de mort sur l'humanité, qu’ils crèvent.
Toutes morales réprouvent ce qu’ils font (donc, ceux qu’ils sont). Pourtant, au nom du Saint-Capital, ils besognent avec, comme Sainte-Protectrice, la Compagnie Républicaine de Sécurité – laquelle n’a de républicain que le nom.
Et je les comprends, ces chiens, de besogner autant. Ça coûte cher la bénédiction d’une Sainte. C’est pourquoi ils n’en finissent pas de chercher, fouiner, traquer le bénéfice net quand on nous parle du coût du travail, de compétitivité (mot que je hais le plus au monde).

Le bénéfice va aux chiens. Sur le dos des salariés, le coût.

À croire que le premier ne résulte que de l’action spéculative...
Et le second n'a de cesse de se plier tant la réalité économique leur semble réelle.

Comment notre société qui incite, développe et conserve de telles pratiques, pourrait me reprocher de brandir le drapeau noir ?
Certes, certains se battent dans les limites des lois nationales comme internationales, mais jamais ils ont changé ce système qui pousse des salariés, des chômeurs, des sans papiers, des SDF, à retourner la violence contre eux-mêmes. Le suicide.
Des personnes se suicident au beau milieu de l’abondance de toutes sortes de produits de consommation. Nous avons tout. Des rayons boucheries pleins de viande, des boulangeries saupoudrées sur tout le territoire, des casquettes, des baquettes et des cannettes plein les magasins. Des films produits, copiés, reproduits, recopiés. Il y a même des logements vides et salubres toujours inoccupés. Nous avons tout en trop !
Et pourtant, malgré l’opulence, c’est chacun pour sa gueule. Chacun voit midi à sa porte. Que les gueux se démerdent. Si jamais l’un d’eux ne se réveille pas au petit matin d’hivers, on lui balancera quelque parole émouvante devant une caméra. Toujours devant une caméra.
Dès lors, comment pourrait-elle, cette société qui marche sur la tête, me reprocher de vouloir hisser sur La Lanterne le pavillon noir ?

Seuls contre tous, les anarchistes ont raison de vouloir détruire les causes qui engendrent ces crimes. Ne sont-ils pas d’ailleurs le seul remède logique à cet État barbare qui, en versant tantôt 30 millions à Liliane tantôt 210 millions d’euros à nanard, se tire lui-même une balle dans le pied ? Jamais une société intelligente ne l’aurait fait. Jamais une société progressiste ne permettrait d’organiser le crime pour le plus grand profit des usuriers.

Que les anarchistes fassent enfin ce pour quoi ils sont faits.