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24 août 2012
À quand un n° 95 d'Hara-Kiri ?

Symbole de la liberté d’expression muselé par la censure, Hara-kiri, un journal satirique qui, parce qu’il a influencé durant huit ans « une jeunesse qui a fait Mai 68 », se voulait bien moins bête et méchant que révolutionnaire. Tourner en dérision le respectable, le politiquement correct dirait-on aujourd’hui, n’était en somme que le point de départ d’une réflexion. Non une fin. Aussi se poursuivait-elle autour du zinc et, pourquoi pas, dans la rue. D’où l’idée d’avoir catalysé les mouvements et les manifestations de mai 68.

Les premiers indignés ? Sûrement pas. L’indignation, la colère, ne datent pas d’hier. Journalistes alors ? Assurément... non. Car ces derniers attendaient « le feu vert pour faire de la contestation ». « C’est la contestation permise » nous dit ici François Cavanna. Pourquoi agissaient-ils ainsi, ces journalistes ? Par lâcheté, par crapulerie, par soumission au pouvoir des bien-pensants alors qu’au sein de la rédaction d’Hara-kiri, ils débattaient vivement, passionnément, chaque mercredi, dans le seul but d’être drôle : « on ne peut glisser les choses vaches que par la drôlerie. Sinon c’est sinistre ! »

Contre le sectarisme et, de fait, contre le militantisme ; pour l’esprit critique car « tout est toujours critiquable et rien n’est sacré, rien n’est dit une fois pour toute » ; contre les cons, les cons de naissance et les cons volontaires (« ceux qui ne veulent pas se servir des boyaux d’leurs têtes ! »), l’équipe rédactionnelle n’a donc pas abdiqué devant la censure, en novembre 1970. Ainsi naquit Charlie Hebdo – Charlie... Une référence à Charles de Gaule ? – et Hara-kiri mensuel, de poursuivre sa route jusqu’en 1986.