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07 avril 2012
2084, un futur plein d'avenir - Cie Flash Marionnettes

Cette libre interprétation de 1984, l’œuvre la plus aboutie de Georges Orwell, n’était pas sans risque. Et ce d’autant plus qu’elle devait s’adresser à un très jeune public. Alors… le pari est-il gagné ?

Quand on y pense, l’objectif pédagogique est de taille ! Faire comprendre que la standardisation des esprits, le penser pareil – la pensée unique ! (m’rappelle un truc, ça...) – dont la conséquence est la soumission d’un groupe d’humains à un seul d’entres-eux. Cela ne commence-t-il pas, du reste, par s’habiller avec des frusques de marques identiques à celles portées par nos copines et copains ?
Et la normalisation des esprits, de s’échafauder insidieusement via une langue toujours plus saccagée, étriquée, raccourcie ; la pensée ne s’exprimant que par codes, sigles, initiales... Autrement dit, des appellations d’origine contrôlée (mais par qui ?).

À cet objectif éducatif ambitieux, moyens... élevés ?

Des marionnettes, d'abord.
Rien ne vaut un spectacle de marionnettes pour attirer l’attention des plus jeunes comme des plus vieux. Pour les premiers, il est, à leurs yeux, davantage question d’un spectacle, d’une farce, que d’un support éducatif. Les seconds, de nostalgie bienfaisante.
L’outil, la marionnette, est bien évidemment approprié – et ce d’autant plus qu’on imagine déjà le marionnettiste l’agitant, la manipulant à souhait, pour son bon plaisir. Rien de mieux qu’une marionnette donc, pour traiter de la manipulation.

Qu'en est-il de l'usage de langue si chère à Orwell ?
La langue y est si codifiée dans les scènes jouées par les robots qu’on n’en perd facilement le sens. Ainsi, le public, devant un langage dépourvu de sens, se trouve un tantinet… perdu. Et c'est plutôt bien vu ! Sous réserve de reprendre ces scènes avec les plus jeunes. « Voyez comment nous sommes largués quand vous écrivez vos textos de cette manière ! Voyez comment vous seriez perdus si jamais vos maîtresses et maîtres vous parlaient qu’avec des sigles ! Nous pourrions vous dire n’importe quoi ! Et vous, de nous écouter sans jamais pourvoir nous contredire… »

Et Mozart… Mozart traverse le spectacle comme sa mélodie traverse les siècles. Il se voit dépouillé de ses habits, de sa musique, de son art. L’exception, la singularité, le talent s’effaçant devant le commun, la règle, l’uniformisation, le restrictif. La paresse, la sieste, la balade moins que le travail, le profit et… la délation. Big Brother n’est possible que parce que les voisins dénoncent. Le débat politique s’instaure, évidement. Pas facile de le faire comprendre à un jeune public... Désormais, dans la mallette pédagogique de l’adulte, se trouve 2084. Je m’en réjouis ! Car il est possible de leur faire découvrir (déconstruire, surtout) un thème récurent en politique : la domination de la majorité par quelques uns. Marrant, d’ailleurs, que la compagnie Flash Marionnette soit conventionnée par le Ministère de la Culture (via la DRAC d’Alsace) ! J’entrevois soudain un futur plein d’avenir.

Texte : Philippe Dorin
Mise en scène, musique : Ismaïl Safwan
Jeu : Vincent Eloy, Vanessa Rivelaygue, Marie Seux
Marionnettes : Michel Klein
Scénographie : Fabienne Delude
Son, régie : Pascal Grussner, Medhi Ameur
Costumes : Ritaï assistée de Keiko Mori
Peinture, accessoires : Jaime Olivares