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11 février 2012
The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore

Dans la catégorie court métrage, The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore est une animation réalisée par William Joyce et Brandon Oldenburg pour Moonbot Studio. Une véritable réussite inspirée du personnage de Buster Keaton, de Là-haut (l’excellente réalisation des Studios Disney-Pixar), et des événements tragiques induits par l’ouragan Katrina.
En lice pour les Oscars 2012, il a déjà reçu de nombreux prix (meilleurs courts métrages par Film Fest Chicago, Austin Film Fest, Tacoma Film Fest, Nashville Film Fest, Florida Film Fest...) Bref ! Là où est organisé un festival du film, The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore rafle la Piston Cup.

Le thème est, vous l’avez compris, le livre. Que dire de plus ? Le livre se fait d’abord refuge. Après le vacarme de l’ouragan, Morris Lessmore aspire au silence. Aussi trouve-t-il un compagnon de route idéal : un bouquin. Ce dernier l’invite à le suivre. Une géniale illustration du bouquin-compagnon de route (ou livre de chevet, comme vous voudrez).
Voilà donc Morris parti, non sans tristesse et nostalgie de la période pré-Katrina, pour le panthéon du livre : la bibliothèque.

Ici, la passion en côtoie une autre : l’écriture. Le court-métrage, d’ailleurs, ne dissocie pas la lecture de l’écriture. Thèse à laquelle j’adhère volontiers, car un auteur ne peut écrire sans lire ou avoir lu un tas de bouquins.
L’écriture donc.
Un livre, avant qu’il soit lu, doit être écrit. Morris avait beau le lancer en l’air au début du court métrage, son manuscrit n’aurait pu voler puisqu’il ne l’avait pas écrit. Et cela exige un temps soit peu de la rigueur, du travail. Peu sont devenus écrivain en claquant des doigts.
Une fois sur papier, il lui faudra encore un lecteur. Car un livre sans cesse au garde-à-vous sur une étagère et couvert d’une housse plastique est un livre malade – si ce n’est mort. Pour le ressusciter, suffit de le lire. Ce faisant, n’est-ce pas un peu l’auteur qui reprend vie ? Merci à William Joyce et Brandon Oldenburg pour le clin d’œil adressé, via la chanson de Michel Rivgauche, la Foule (1957), aux savoir-faire français en matière de médecine.
L’écrire, le publier, sortir de l’étagère, voler hors du panthéon, le lire, tout cela requière du temps. Du temps que notre civilisation si supérieure aux autres raccourcit au profit du bénéfice immédiat, du capital boursier, du banquier jamais assez riche. La richesse de Morris Lessmore se mesure en temps libéré. Il n’est pas l’esclave de comptables soumis au dictat du libéralisme économique. Son temps, du reste, se prolongera même par-delà la mort. Le livre, un passeport pour l’immortalité.