Nous suivre
31 décembre 2011
L'Art français de la guerre, Alexis Jenni

Premier roman... prix Goncourt 2011. C’est dire si on en a causé, de lui, de son bouquin et de ce qui veut dire. Les thuriféraires de la littérature primée comme les contestataires désolés de cette victoire s’y sont donnés à cœur joie ! Alors, que pourrais-je dire de plus ? Que Victorien Salagnon est un survivant de la guerre coloniale « celle qui a durée vingt ans » ? Déjà dit. Et alors ? Salagnon donc, un Ex-para qui, en échange du maniement du pinceau (car il est aussi un bon peintre), raconte au « petit » lyonnais, le narrateur, lequel passe son temps à trafiquer ses arrêts de travail et à baiser, ses guerres minables. Indochine (1946-1954), Algérie (1954-1962), sans oublier celle de 40. Un regard sur la colonisation.
La décolonisation plutôt.
Deux choses, la première : l’œuvre est vendue pour sa « grande qualité littéraire » - l’inverse ne pourrait être vanté, dira-t-on. Ce qui ne manque pas de me rendre perplexe car des coquilles, çà et là, font tâches pour un Goncourt. Quant aux répétitions sémantiques, elles relèvent davantage du performatif biblique que d’un style littéraire chatoyant. Petite réserve sur la qualité et le style donc. La seconde concerne la langue française. « Entrelacé » par la langue demeure, pour l’auteur, le ciment d’une identité nationale. Bon...

L’Identité Nationale s’est forgée sous la Révolution française. C’est donc sur une conception politique que ladite Identité Nationale s’est échafaudée. Et non pas culturelle ou pis, naturelle ! L’Identité française n’est pas naturelle. Ni culturelle. Mais politique. Et heureusement ! Ne parlons-nous pas d’une époque où, précisément, chacune de nos régions possédaient son patois, son idiome, ses croyances… La langue n’est donc pas l’origine de l’identité française, elle n’en est qu’un vecteur. Par surcroît, on n’est pas français parce qu’on parle français. Voyez la francophonie ! La langue dépasse largement le cadre du territoire, 56 états adhèrent à l’OIF. Et si le gouvernement français soutenait sa langue autant que les québécois, les canadiens, les maliens ou les guinéens, au lieu de s’angliciser jusqu’au trognon, cela se serait non ?
L’Art français de la guerre relate une réflexion plus que pertinente sur un sujet tabou de la société française. La France, écrasée il y a peu par l’occupation allemande, est ivre de puissance. La conquête coloniale lui permettra de compenser l’humiliation qu’elle a subie. Conséquence : elle torture ; mais là-bas. Et ramènera les exécuteurs chez elle lorsque la guerre sera, comme d’habitude, perdue. Depuis, la militarisation des quartiers relève désormais de la banalité, et l’utilisation systématique de la force – autrement dit, la pédagogie de la main sur la gueule – suggère l’existence, chez ceux qui l’exercent, d’une impuissance maladive que nos dirigeants cherchent à camoufler en levant sans cesse la matraque, le Taser© et le gaz lacrymogène comme outils d’intégration. Un net complexe d’infériorité assujetti à la peur de l’autre, l’étranger. Normal qu’elle ait peur, la France, elle a perdu toutes ses guerres.

Titre : L'Art français de la guerre
Auteur : Alexis Jenni
Éditeur : Gallimard
Année de publication : juin 2011