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11 décembre 2011
Vortex, Cie. Non Nova

Du 05 au 10 décembre 2011, l’excellente Compagnie Non Nova – fondée en 1998 par sa directrice artistique nantaise, Phia Ménard – a présenté sa création 2011 au Quai, ce haut lieu culturel incontournable de la région angevine.
Le vortex est un tourbillon, une spirale de bandes nuageuses communément appelé « œil du cyclone ». C’est-là, le titre du spectacle qu’il m’a été donné de voir – et, en l’occurrence, d’apprécier. Le thème du vent, déjà traité dans L’après midi d’un foehn, côtoie celui de l’écologie ou encore, plus subtil, celui de l’identité, de l’Être.
D’abord, le plastique. Il est omnipotent. D’un sac, Phia en conçoit un p’tit bonhomme qui, d’un coup de ventilateur, se met en danser, seul. La poésie se met en branle. Et déjà, les sourires naissent sur chaque visage – faut dire que l’articulation des strapontins autour de la scène centrale encourage l’intimité.
Puis, d’une poche, deux danseurs en sortent et aussitôt se jouent du vortex. Quatre suivent. Encore huit, dix, vingt ! Bientôt le plastique étouffe le personnage en costard-cravate. Le combat s’amorce. Il est grand temps de retirer ces habits de moine du CAC 40.
C’est à ce moment-là que j’ai pensé à Druillet.
Le plastique triomphant, l’autre, à terre, se débat devant nous dans un linceul blanc. Cet autre-nous a tant ingurgité de pétrole qu’il s’en éventre et s’arrache un boa noir du bide. Le doute n’est pas permis, nous vivons une de ces périodes apocalyptiques qui nous poussent à renaître, à muer en quelque chose d’autre. Rien qu’une adaptation de plus, la lutte perpétuelle d’une humanité déglinguée.
Mais en attendant la prochaine étape, une masse démesurée de pétrole obstrue le vortex et plane au-dessus de l’autre-nous tel un spectre.
Un jour, peut-être, verrons-nous les responsables du gâchis écologique – Total, Elf, Areva, Tepco, Gazprom, National Security Complex (USA), Dinoma (Israël), etc. – payer une dette incalculable, celui qui sied bien aux coupables de crimes contre l’humanité. Mais pour cela, il faudra nous libérer de nombreux carcans technologiques, sociologiques, économiques. De la pure logique en somme.
Une prestation scénique incroyable qui passe de la poésie quasi enfantine à la lutte pour la survie, d’un lyrisme inattendu au vacarme de la guerre inéluctable. Le tout-plastique se déroule sur une bande son qui donne la chair de poule tellement c’est beau.


Agorn, Philippe Druillet, Métal Hurlant n°1, Les Humanoïdes Associés, 1er trimestre 1975.

Interprétation : Phia Ménard
Direction artistique, chorégraphique, scénographique : Phia Ménard
Dramaturgie : Jean-Luc Beaujault
Composition, diffusion de la bande sonore : Ivan Roussel, d’après l’œuvre de Claude Debussy
Création, régie lumière : Alice Ruest
Régie générale, plateau & régie du vent : Pierre Blanchet
Chargée de Production : Honorine Meunier